Quelques repères

Repères chronologiques
  • Vers 1120 : Création de la vicomté de Rohan.
  • Vers 1150 : Un premier château, dit des Salles, est construit le long du Blavet, en contrebas du château actuel.
  • 1342 : Le château des Salles est détruit par les Anglais lors de la guerre de succession au duché de Bretagne (1341-1364). Incertitude sur sa reconstruction. En 1456, le site est donné aux Cordeliers qui y édifieront leur monastère.
  • Du milieu du XVe siècle au début du XVIe siècle : Construction du château actuel. Essentiel de la construction due à Jean II, vicomte de Rohan de 1462 à 1516. Le château est probablement habitable dès 1485.
  • 1488 : encore inachevé, le château est assiégé par les troupes du prince d’Orange lors de la guerre d’indépendance du duché de Bretagne.
  • 1589 : lors des guerres de la Ligue, les troupes catholiques du duc de Mercoeur prennent le château et l’occupent pendant 9 ans.
  • 1603 : La vicomté de Rohan devient duché-pairie*.
  • XVIIe, XVIIIe et XIXe siècles : Le château est transformé et mis au goût du jour.
  • 1954 : Ruinée, l’aile ouest du château s’effondre partiellement.
  • 1955-1979 : Le château est restauré sous la direction de René Lisch, architecte en chef des monuments historiques.
  • 1972 : Ouverture du château au public.
  • 1985-87, 1993-94, 1996 : travaux menés par le CHAM (Chantiers – histoire et architecture médiévales). 
  • 1987-1992 : Sondages et fouilles archéologiques réalisés par le CHAM. 
  • 2008 : Sondages archéologiques réalisés par le SRA (service régional d’archéologie) dans l’angle sud-est de la cour.
  • 2010-2011 : Restauration du mur nord de la courtine sud.
  • 7 et 11 février 2014 : Effondrement de la courtine sud lors de la tempête Petra.
  • 9 juin 2016 : Lancement officiel des travaux de reconstruction du château pour une durée minimale de 3 ans.

Les occupants successifs du château

Les Rohan séjournent irrégulièrement au château jusqu’à la fin du XVIIIe siècle. Par la suite, le château est successivement occupé par :

  • la sous-préfecture et la salle d’audience du tribunal civil de Pontivy (1800-1839)
  • le général Bernadotte, commandant en chef de l’armée de l’Ouest chargée de lutter contre les chouans, qui y installe son quartier général (mai-juin 1801)
  • les sœurs de Kermaria, qui créent une école et un internat pour filles (1841-1884)
  • un musée breton fondé par Jérôme Le Brigand (fin du XIXe siècle)
  • la garde Saint-Ivy (club sportif de la ville), les scouts de France, quelques familles pontivyennes logées dans la galerie ouest alors sectionnée en plusieurs pièces (1e moitié du XXe siècle avec interruption en 1939-1940)
  • pendant la Seconde Guerre mondiale : des troupes polonaises puis des autonomistes bretons (juin-septembre 1940).

En 1953, un bail emphytéotique de 99 ans est signé entre la ville de Pontivy et la famille de Rohan. La ville de Pontivy est alors chargée d’assurer l’entretien, la restauration et la valorisation du château tout juste classé monument historique. 

En décembre 2014, au vu du contexte particulier lié à l’effondrement de la courtine sud et face à l’ampleur des travaux à venir que la municipalité allait devoir supporter, le duc Josselin de Rohan accepte de céder son bien à la ville pour l’euro symbolique. L’acte de cession est signé le 16 octobre 2015, date à laquelle le monument devient donc pleinement le château des Pontivyens.

L’architecture

L’extérieur du château

Plan du château

Le château est construit sur un plan en quadrilatère irrégulier cantonné de tours rondes aux angles. Seuls deux corps de logis subsistent (côtés ouest et nord). À l’est, le corps de logis initial a été transformé en terrasse d’artillerie au XVIIe siècle, puis en jardin d’agrément au XVIIIe siècle. Côté sud, rien ne permet d’affirmer l’existence originelle d’un corps de logis. Quant aux tours, seules deux d’entre elles ont été préservées. La tour nord-est a été détruite au XIXe siècle. L’existence originelle de la quatrième tour (au sud-est), est encore l’objet d’interrogations.

Plan du premier étage du château
Plan du château en 1781 (AMP)
La façade principale

Un aspect défensif marqué

Construit au tournant du XVIe siècle, le château de Jean II ne porte pas encore la marque du style Renaissance. Il fait partie des derniers châteaux forts construits en Bretagne et constitue un bon exemple d’une architecture militaire qui tente de s’adapter aux développements de l’artillerie à feu.

Vue nord-ouest du château dominant la ville et le Blavet
Traces des anciens ponts-levis en façade

Imaginez-vous face au château à la fin du XVe siècle 

  • Les fenêtres n’existent pas.
  • Depuis le pied de la butte, le château est à peine visible et le fossé qui l’entoure, beaucoup plus profond : la contrescarpe a été arasée au début du XXe siècle ; la terre ainsi récupérée a servi à combler le fossé.
  • Deux ponts-levis renforcent la défense de la place. Trois fentes verticales (1) , traces de leur mécanisme de levage, sont encore visibles au-dessus des portes permettant d’accéder à la cour (petite porte piétonne, grande porte charretière).
  • À la fin du XVe siècle, pour résister aux tirs des canons, l’épaisseur des murs a tendance à augmenter. Ces derniers font ici par endroits plus de 5 mètres de large ! Pour la même raison, les tours sont de moins en moins élancées. En forte saillie sur la courtine et protégées par la contrescarpe, elles permettaient de défendre largement les fossés tout en offrant peu de prise au tir des canons.
  • Des canonnières* (2) permettaient de renforcer la défense de la place.
Description architecturale de la façade principale.

Des caractéristiques bretonnes

Les matériaux : le château a été construit en schiste et granit issus de carrières proches de Pontivy.

Les « mâchicoulis bretons » : le chemin de ronde, encore bien visible sur les tours, repose sur des consoles (supports) ouvragées à ressauts typiquement bretonnes (3).

Mâchicoulis bretons en granit, mur de la tour en schiste

Un souci décoratif

Le souci premier de défense de la place n’a pas empêché les constructeurs d’y apporter quelques touches décoratives : pignons à crochets (4), animaux ou personnages sculptés à la base des pignons(5), finesse du travail des consoles du chemin de ronde reliées par des accolades (6).

Le « Constructeur ». Photo F. Le Divenah
La Fée Mélusine. Photo F. Le Divenah.

la cour

Un système original d’évacuation des eaux de pluie

Point de gargouilles ici mais des descentes d’eau verticales sculptées d’animaux à leur extrémité. Préservé sur la façade nord, ce système original est emblématique du souci décoratif des constructeurs du château à la fin du XVe siècle.

Descentes d’eau verticales sculptées sur la façade nord dans la cour du château. Photo. François Talairach

L’escalier d’honneur

Caractéristique du style Louis XV, cet escalier à double volée et rampe en fer forgé a été ajouté au XVIIIe siècle. La statue de saint Mériadec située dans la niche a été réalisée par Daniel Le Vaillant (3e quart du XXe siècle). Elle rappelle la prétention des vicomtes de Rohan à descendre du saint, lui-même présenté comme le fils du roi Conan, alors considéré comme le premier roi de Bretagne. À l’époque, cette fausse filiation permettait aux vicomtes de rehausser considérablement leur prestige.

L’escalier d’honneur de style Louis XV à double volée et rampe en fer forgé. Photo. François Le Divenah
Statue de saint Mériadec dans la niche de l’escalier. Photo. François Le Divenah

L’intérieur du château

La tour sud-ouest

Le sous-sol

Le sous-sol de la tour, qui servait probablement autrefois d’entrepôt pour les vivres et les munitions, est aujourd’hui occupé par une installation d’art contemporain.

Accès au sous-sol de la tour sud-ouest.

Le rez-de-chaussée

La cheminée de la salle d’honneur, en pierre polychrome, du XVIe siècle, vient du château de Coët-Candec en Locmaria-Grand-Champ (près de Vannes). En 1960, ce dernier menaçait ruine. Afin de les sauver de la destruction, la Ville de Pontivy décida d’acheter deux cheminées et un passe-plat qu’elle fit installer dans le château des Rohan. La cheminée de la salle d’honneur présente un riche décor héraldique correspondant à la famille des Chohan, propriétaire du manoir de Coët-Candec du XIVe au XVIIe siècles.

Cheminée du château de Coët-Candec. Photo. François Talairach

Le premier étage

En pierre non polychrome, décorée sur ses piédroits de grappes de raisins et de feuilles de vigne, la cheminée est d’un type que l’on retrouve fréquemment dans la région à la fin du XVe siècle. Restaurée dans les années 1960, la charpente est néanmoins d’origine. Le plafond qui la masquait jadis n’a pas été rétabli lors de la restauration afin de laisser visible le remarquable travail des charpentiers de la fin du Moyen Âge.

La charpente en poivrière. Photo.François Talairach

Le chemin de ronde

Les ouvertures qui permettent aujourd’hui d’avoir une vue quasi panoramique sur la ville étaient jadis clôturées par de petits volets percés en leur centre d’un trou destiné au tir à l’arbalète. Au bout du chemin de ronde, deux latrines – simples dalles trouées posées sur un conduit ménagé dans l’épaisseur du mur et débouchant dans les douves – ont été préservées.

Le chemin de ronde dans la tour sud-ouest.

La galerie ouest

Au début de la galerie, une série de statues de saints et saintes des XVIe et XVIIe siècles provient de la paroisse de Moustoir-Remungol (à une vingtaine de kilomètres au sud de Pontivy). Achetées par le syndicat d’initiative en 1929 – apparemment pour éviter leur dispersion à une époque où leur édifice d’origine était fortement dégradé -, elles ont ensuite été données à la Ville de Pontivy qui les fit installer au château en 1984.

Au fond de la galerie, la cheminée provient, comme celle de la salle d’honneur, du château de Coët-Candec. On y retrouve un décor héraldique polychrome accompagné de citations latines religieuses.

Statue de saint Louis (bois polychrome). Photo.François Le Divenah
Statue de saint Isidore (bois polychrome). Photo. François Le Divenah

La tour nord-ouest

Le chemin de ronde

Il encercle la tour la plus imposante du château (60 mètres de circonférence).

La chambre de la duchesse

Aujourd’hui transformée en petite salle de projection, cette pièce était, selon la tradition, le lieu où la duchesse de Rohan dormait lors de ses séjours pontivyens. Son décor – lambris décoratifs au plafond, pilastres néoclassiques autour de l’écran – est caractéristique du XVIIIe siècle.

L’ancienne « chambre de la duchesse », aujourd’hui salle de projection.
Les lambris du plafond.
La galerie nord

Côté fossé, les fenêtres à meneau et croisillon de pierre qui avaient été bouchées au XIXe siècle, ont été restaurées au XXe siècle.

Côté cour, les baies ont été agrandies et munies de garde-corps en fer forgé au XVIIIe siècle. Le parquet de bois chevillé a été reconstitué grâce à des fragments originels retrouvés lors de la restauration.

Côté cour : fenêtre munie d’un garde-corps en fer forgé.
Vue intérieure de la galerie nord.
La chapelle

Sobre, au plafond lambrissé de bois bleu, elle est éclairée par une baie en arc brisé. Son agrandissement vers l’est à la fin du XIXe siècle fut consécutif à l’effondrement de la tour adjacente. La chapelle a retrouvé ses dimensions d’origine lors de la restauration conduite par René Lisch dans les années 1960. La baie en pierre polychrome insérée dans le mur nord provient, comme les deux cheminées déjà citées, du château de Coët-Candec. Jadis ouverte en son centre, elle était, dans son édifice d’origine, utilisée comme passe-plat. Le retable provient de la chapelle Saint-Ivy (centre-ville). La chapelle est encore utilisée aujourd’hui par les Protestants de manière ponctuelle.

La voûte de la chapelle castrale. Photo. François Le Divenah
Le retable de la chapelle Saint-Ivy. Photo. François Le Divenah

Une chapelle alternativement dédiée aux cultes catholique et protestant

  • Vers 1500 : Lors de sa construction, la chapelle, catholique, est placée sous l’invocation de saint Mériadec.
  • 1560 : Acquis aux idées de la Réforme, le vicomte Henri I de Rohan fonde l’église protestante de Pontivy.
  • 1589 : Lors des guerres de la Ligue, le château est occupé pendant 9 ans par les troupes catholiques du duc de Mercoeur.
  • 1598 : L’Édit de Nantes met fin aux guerres de Religion. Il accorde six places de mariage aux Protestants. La chapelle de Pontivy est l’une d’elles.
  • 1686 : Un an après la révocation de l’Édit de Nantes, la chapelle est rendue au culte catholique.
  • 1794-1841 : L’usage de la chapelle est mal connu.
  • 1841-1884 : La chapelle est utilisée par les sœurs catholiques de Kermaria.
  • 1884-1974 : La chapelle sert à des fins diverses. Elle devient notamment la salle de gymnastique de la Garde Saint-Ivy.
  • 1974 : Josselin de Rohan dédie à nouveau la chapelle au culte protestant.

La faune et la flore autour du château

Il est possible de se promener autour du château. La faune et la flore qui s’y trouvent méritent que l’on s’y attarde.

Le faucon crécerelle

Le château de Pontivy abrite un couple de faucons crécerelles. Son nid est situé dans le mur de la chapelle du château, côté douves (cf. petit renfoncement rectangulaire).

Le faucon crécerelle est un oiseau qui se nourrit essentiellement de petits rongeurs, d’où son nom breton logotaer qui signifie « chasseur de souris ». Il peut atteindre une taille de 35 cm. Cette espèce, plutôt sédentaire, installe son nid pour une année entière, dans les milieux où la riche végétation permet une chasse tranquille. Il n’hésite pas à s’approcher de l’homme, occupant même des bâtiments au cœur des villes. Comme tous les rapaces, cette espèce est protégée par la loi française.

Dans le mur nord de la chapelle, surplombant le fossé, le nid des faucons crécerelles (petit renfoncement rectangulaire situé à droite de la photographie).
Le faucon crécerelle.
Le pinson des arbres

Ce petit oiseau, qui mesure 15 cm, a le manteau de plumes brun-noisettes. Ses joues rosâtres contrastent avec son front noir. Contrairement à bien d’autres espèces, le pinson est un oiseau très répandu, pourvu qu’il y ait de la végétation. Il se nourrit de graines – comme tous les « gros becs » – , de chenilles et d’invertébrés de toutes sortes. Chez ces oiseaux, la séparation sexuée est bien définie. Pendant que les femelles migrent l’hiver, les mâles se retrouvent en communauté. Cet oiseau aime fréquenter les mangeoires. Il pourrait vous rendre visite cet hiver si vous prenez soin de lui préparer quelques graines.

Le pinson des arbres. Photo. P. Gourdain
La sittelle torchepot

La sittelle ne mesure pas plus de 14 cm, mais reste reconnaissable par sa ligne noire qui lui traverse les yeux. Elle affectionne les bois d’arbres mixtes et les grands jardins. Pour se nourrir, elle chasse des insectes ou récolte glands et noisettes qu’elle emporte sur une branche. Elle cale son butin entre les écorces et le taillade pour l’ouvrir avec de vigoureux coups de bec. Elle dort essentiellement dans les trous d’arbres ou de rochers qu’elle aura moquettés avec des morceaux d’écorce, d’herbes et de plumes. Son nom breton, joer mein-glaz, signifie « couvreur en ardoise ». La sittelle frappe parfois les ardoises pour trouver de la nourriture, imitant ainsi le bruit du marteau du couvreur.

La sittelle torchepot. Photo. Serge Ninanne
La trichomanès remarquable

La trichomanès est une plante vivace (ce qui signifie qu’elle vit plus de deux ans). Cette fougère de valeur patrimoniale a été découverte dans le bassin du fossé sud du château il y a quelques années. Considérée comme exceptionnelle, elle est inscrite à la Convention de Berne et protégée au niveau national.

Le fossé sud du château : au fond, se trouve le bassin dans lequel la trichomanès remarquable a été découverte.